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Les femmes et l'Exposition
Si aujourd'hui les femmes jouent un rôle égal à celui des hommes au sein de l'association de l'Exposition agricole et le Festival acadien de la région Évangéline, cela n'a pas toujours été ainsi. Il a fallu attendre un demi-siècle avant que les premières femmes soient nommées comme directrices de l'organisation.
En fait, il s'agissait principalement d'une affaire d'hommes au tout début, la foire étant une initiative de l'Institut des fermiers. Par contre, dès les premières expositions, quelques classes sont réservées aux travaux des dames. Sans doute que les fermières participent aussi dans l'exposition de volailles, de légumes et de fruits, car bien souvent ce sont davantage les femmes que les hommes qui s'occupent de ces domaines de la ferme. Les directeurs se demandent parfois comment on pourrait amener les femmes à apporter plus d'articles à l'exposition. À ce sujet, Charles M. Arsenault suggère à l'assemblée annuelle de 1925 " qu'on devrait augmenter les prix dans le département des dames ".
Avant 1930, quelques dames assistent parfois aux assemblées annuelles de l'Association de l'Exposition agricole, mais elles prennent rarement la parole, ou du moins leurs propos ne sont pas rapportés dans les procès-verbaux. C'est dans celui de l'assemblée annuelle de 1929 que l'on signale pour la première fois l'intervention d'une femme. Il s'agit d'une suggestion concernant la section des tapis : " Mde Philibert Gallant dit qu'il devrait avoir deux entrées pour "mats" car il y a pas de comparaison entre fait au métier et fait à la main ".
Le travail des Acadiennes gagne vite une excellente réputation, grâce à l'Exposition. Il en est souvent question dans les comptes rendus que les journaux publient.
Dans des commentaires qu'il livre lors de l'assemblée annuelle de 1932, le directeur Philibert F. Arsenault, en parlant des travaux des femmes avoue que " c'est ce département qui attire les étrangers ".
Les directeurs ne se sentent pas à l'aise de prendre les décisions qui s'imposent quand il est question de ce " département ", bien que parfois ils se permettent de faire quelques commentaires, comme en 1934, alors qu'il est suggéré qu'on accepte pas à l'Exposition d'articles confectionnés avec de la laine achetée au magasin. À cette même assemblée annuelle, il est proposé de consulter les femmes sur la partie de l'Exposition qui les touche de près. On décide alors de former un comité exclusivement de femmes " pour offrir des suggestions à propos de la liste des prix ".
En 1940, l'assemblée annuelle nomme un autre comité de femmes pour réviser la liste des prix. Selon le procès-verbal, celui-ci se compose de Mme Sylvère Gaudet, Mme Lucien Arsenault, Mme Joseph Robichaud, Mme Tilmon B. Gallant, Mme Camille D. Arsenault et Mme Albénie V. Arsenault.
Il faut attendre à 1954 avant que les premières femmes soient élues aux postes de directrices. Cette année-là, sous la présidence de Cyrus P. Gallant, le conseil de l'association est réduit de moitié pour former un conseil de 24 membres qui inclut deux femmes. Les premières directrices sont Émilia Arsenault et Roséma Bernard d'Abram-Village. Clara Gallant, de Saint-Timothée, se jount à elles en 1956 alors que Léah Gallant, d'Abram-Village, en fait autant en 1957. Quelques autres directrices sont nommées dans les années 1960 de sorte qu'elles sont huit en 1969. Cette année-là, dans son mot de bienvenue à l'assemblée annuelle, le président, Tilmon B. Gallant, signale tout particulièrement la présence des femmes en soulignant " qu'elles jouent un rôle très important dans la marche de l'Exposition ".
Les dames se taillent aussi toute une réputation par la qualité des repas qu'elles servent sur le terrain.
La préparation de ces repas constitue un travail ardu et il relève principalement de la gent féminine, bien que c'est un comité formé de quelques directeurs (hommes) qui supervise l'organisation. Les directeurs ne voient pas en ces repas, servis le midi et à l'heure du souper, une source importante de revenu. Les profits sont effectivement minimes, considérant la somme de travail qu'exige l'organisation d'une telle activité. Les dirigeants considèrent plutôt les repas comme un service indispensable à offrir aux exposants et aux nombreux visiteurs. En 1940, le prix d'un repas était de 35 cents, (20 cents pour les enfants d'âge scolaire), alors qu'en 1951 il fallait débourser 1,00 $ et 50 cents.
Ces repas sont servis exclusivement par les dames de Baie-Egmont jusqu'en 1947. Afin d'offrir un service plus efficace et plus rapide, les directeurs dont construire cette année-là une seconde salle à manger qui est prise en main par les femmes de Mont-Carmel.
Jusqu'à 1963, la préparation et le service des repas sont rémunérés. L'Exposition achète tout le nécessaire et embauche les cuisinières et les serveuses. Le contrat principal va à une ou deux pâtissières qui préparent à l'avance les gâteaux et les biscuits. Mme Angéline Gallant d'Abram-Village est une de ces cuisiniére qui assume seule le contrat pendant sept ans au cours des années 1950. Elle reçoit 75 $ pour son travail. On lui fournit les ingrédients, dont 200 livres de farine, et pendant une douzaine de jours elle cuisine chez elle sur un poêle à bois. Le contrat l'engage aussi à trouver tout le personnel de la cuisine pour la veille, le jour et le lendemain de l'exposition. Le dimanche avant l'événement, ses filles et quelques voisines lui donnent un coup de main pour glacer les gâteaux et les biscuits. Mme Gallant a conservé la liste des pâtisseries qu'elle cuisinait annuellement :
| 1000 | biscuits aux raisins de Corinthe |
| 1000 | biscuits au sucre brun |
| 800 | biscuits à la farine d'avoine |
| 600 | biscuits au beurre d'arachide |
| 900 | biscuits à la cuillère |
| 600 | biscuits chauds à la poudre à pâte ou petits pains |
| 600 | beignes |
| 8 | gâteaux marbrés |
| 8 | gâteaux étagés |
| 18 | gâteaux au chocolat |
| 18 | gâteaux blancs |
| 16 | gâteaux d'épices |
| 800 | tartelettes (avec gelée) |
| 24 | tartes à Lafayette |
| 8 | gâteaux aux noix |
| 12 | gâteaux roulés à la gelée |
| 4 | gâteaux aux fruits |
Avant d'apporter le fruit de son travail à la cuisine de l'exposition, Mme Gallant était tenue de tout partager en deux : deux tiers devant aller pour les repas servis par les dames de Baie-Egmont et le reste pour " le bord des Mont-Carmel ".
En 1964, trouvant que les tables leur coûtaient trop cher, les directeurs offrent aux Dames du Sanctuaire de Baie-Egmont et de Mont-Carmel de prendre en main l'organisation et le service des repas au profit de leurs paroisses respectives. Désormais, le gros du travail se fait bénévolement et les pâtisseries sont fournies gratuitement par les paroissiennes. Quant à l'Exposition, elle reçoit une petite part des profits pour la location et l'entretien de la cuisine et des salles à manger. Cette entente se poursuit jusqu'à 1973 quand le Festival acadien prend en main les repas.
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